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Le Feng-Shui à l'occidentale et son lien avec la Naturopathie

LeApprendre-à-Habiter feng-shui a pour but d’harmoniser l’énergie des lieux et des constructions afin d’apporter le maximum de bien-être à leurs occupants. Cet art, issu de la tradition chinoise taoïste -de même que l’acupuncture et la médecine chinoise- est apparu en Europe occidentale vers la fin des années ’90, après un détour par les Etats-Unis. Malheureusement, il fut présenté comme exclusivement lié à la décoration, ce qui était très réducteur car le feng-shui est un outil qui se révèle très précieux à tous les stades de la construction : choix du terrain, études, implantation, orientation, réalisation de la construction elle-même (chantier), aménagement intérieur, etc.
En créant le concept de feng-shui à l’occidentale, j’ai donc voulu lui redonner sa vraie dimension mais j’ai aussi cherché à l’adapter au mieux aux Occidentaux que nous sommes et à l’actualiser à notre époque et à notre mode de vie et de pensée.    

Interventions en lien avec l’énergie

Le feng-shui s’appuie sur une volonté de "guérison" des lieux et des constructions, par le biais de l’énergie, qui va souvent de pair avec une (re)construction de la relation entre l’être humain et son environnement. Cette importance accordée à l’énergie peut être rapprochée de la notion de vitalisme, chère à la naturopathie.
Le point de départ d’une intervention de feng-shui consiste à réaliser un diagnostic visant à déceler la présence de l’énergie sur le site (1).  Imaginons, en effet, que vous vouliez transformer une maison existante pour vous y installer, la première tâche de l’expert en feng-shui va consister à apprécier l’énergie de cette construction, ainsi que l’énergie des abords et de l’environnement. A cette fin, il va réaliser ce que j’appelle un état des lieux énergétique qui lui donnera des indications sur la façon dont l’énergie y circule : il va ainsi pouvoir se rendre compte s’il y a beaucoup ou peu d’énergie et si cette énergie circule rapidement ou lentement, ou si elle est fluide. Cet aspect de la circulation de l’énergie -rapide ou lent- peut être mis en relation avec les notions de dilatation et de rétractation bien connues de la naturopathie.
Pour réaliser ce diagnostic énergétique, l’expert va également s’appuyer sur des observations relatives à la polarité : il tiendra compte du fait que la construction est plutôt ouverte ou fermée, verticale ou horizontale, moderne ou ancienne (2). Ce bilan débouchera sur ce que j’appelle le profil énergétique de la construction, qui nous renseignera sur ce que celle-ci a "dans le ventre", énergétiquement parlant ! A partir de là, il sera facile de savoir ce qu’il faut faire pour équilibrer et réharmoniser l’énergie : là où l’énergie est trop rapide, on sait qu’il faudra la ralentir et, inversement, là où elle est trop lente, il s’agira de la dynamiser (3).

Mais avant de passer à cette étape de transformation, il nous faut confronter ce résultat avec l’énergie et les besoins spécifiques et uniques des futurs habitants que nous sommes ! Eh oui, une maison -même si elle possède une énergie équilibrée- n’est pas quelque chose de "passe-partout" qui conviendrait à tout le monde : si on veut y ressentir un réel bien-être, il faut qu’elle soit expressément faite pour nous, qu’elle réponde à nos vrais besoins, qu’elle nous ressemble (4) ! On peut le comprendre de la façon suivante : si notre énergie en tant qu’habitants est rapide, nous aurons besoin d’une maison avec une énergie un peu plus lente, ce qui équilibrera notre propre énergie ; inversement si notre énergie en tant qu’habitants est lente, nous aurons besoin d’une maison avec une énergie un peu plus dynamique pour assurer, là aussi, un équilibre…
Cette deuxième étape nous montre que le feng-shui à l’occidentale met l’habitant au centre de ses préoccupations… ce qui est malheureusement rare aujourd’hui lorsqu’on envisage de construire ou de faire des transformations (5). Pour entrer dans la connaissance de l’énergie des habitants, l’expert de feng-shui va leur proposer de réaliser un second bilan énergétique, cette fois-ci à partir de leur lieu de vie actuel. Celui-ci va mettre en évidence, d’une part, des aspects positifs qui parfois ne seront qu’à l’état de germes et qu’il faudra accroître dans la future maison : il peut s’agir, par exemple, d’un lien avec la Nature qui se révèlera de façon discrète lorsqu’on observera le lieu de vie actuel et qui sera amené à devenir un axe important – voire essentiel – de la future maison. D’autre part, il en ressortira des aspects négatifs que les habitants devront gardent en conscience afin d’éviter de les "emmener dans leurs bagages", c’est-à-dire afin d’éviter de les répéter dans leur future maison : ce peut être, par exemple, un blocage d’énergie, au niveau de l’entrée, qui montrerait symboliquement une peur ou une difficulté d’entrer en relation de façon juste avec le monde extérieur (6).   

Une fois que vous avez clairement mis à plat et l’énergie de votre future maison et l’énergie de votre lieu de vie actuel, vous pouvez confronter vos « envies » de transformation avec la réalité énergétique. Ainsi, si l’énergie de votre future maison est rapide, vous allez peut-être vous rendre compte que les transformations que vous aviez imaginées ne font qu’accélérer encore plus cette énergie ! Cela pourrait être le cas, si vous aviez envisagé d’abattre des cloisons pour créer un grand espace très ouvert ; à ce moment-là, c’est comme si l’énergie vous disait : "du calme ! du calme !..." et vous invitait à revoir votre copie. Si cela arrive, il est important de vous questionner, de vous interroger sur ce que représente votre besoin d’ouverture qui -en l’occurrence, ici- est exagéré : d’où vient-il ? que signifie-t-il ? quelle peur, quel conditionnement, quelle habitude cache-t-il ? Et, derrière cela, quelle est la qualité qui demande à émerger ? Un besoin exagéré d’ouverture peut, par exemple, montrer un sentiment d’emprisonnement qui, lui-même, peut être vu comme la difficulté de se donner des objectifs, des perspectives. Si cela vous arrive, il ne sert à rien d’abattre toutes les cloisons et de tout ouvrir, car cela n’aurait comme conséquence que de disperser l’énergie et cela ne vous aiderait aucunement à préciser vos buts ! Par contre, vous pouvez décider de percer des fenêtres dans des directions précises où il y a une belle vue, une belle  « perspective » et également de restructurer l’espace intérieur de votre lieu de vie : en faisant cela, vous allez vous octroyer des perspectives fructueuses et, en même temps, vous allez canaliser l’énergie et donc, en définitive, l’apaiser… vous aurez gagné sur les deux plans ! 

 

Le Feng-Shui au service de la Naturopathie

Voyons maintenant, plus spécifiquement, ce qu’un(e) naturopathe peut retirer comme avantages du feng-shui : ces bénéfices sont de deux ordres. D’une part, l’approche du feng-shui peut aider le praticien en naturopathie à compléter le bilan énergétique de son patient, dans la mesure où il connaît le lieu de vie de celui-ci ; la meilleure façon, évidemment, est qu’il soit allé au domicile de son patient ou, au moins qu’il connaisse l’endroit où celui-ci habite (car les abords et l’environnement apportent, nous l’avons vu, des informations intéressantes). Mais cela peut aussi se faire par le biais d’une description que le patient fera de son lieu de vie, le tout accompagné de photos. On voit ainsi que la connaissance de l’environnement de son patient (et les aspects que celui-ci met en avant) pourra compléter les éléments de diagnostic que le naturopathe mettra, lui-même, en évidence grâce à ses propres outils.

L’autre aspect -très décisif- concerne l’aménagement de l’espace de consultation du praticien en naturopathie. Jusqu’ici, nous avons évoqué l’énergie en rapport avec une maison (ou un appartement) mais il est bien évident que les principes du feng-shui s’appliquent également à des espaces professionnels. De façon très générale, la différence énergétique que l’on peut faire entre un lieu de travail et un lieu de vie est que ce dernier demande moins d’énergie ; la raison en est simple : elle tient au fait que la maison est vécue comme un lieu qui nous permet de nous "retirer" du monde pour nous "retrouver", pour nous ressourcer… c’est ce qui explique que l’énergie doit être globalement plus calme. Dans le cas d’un lieu de travail -surtout si l’on reçoit des clients ou des patients- il faut que cet endroit puisse être "vu", qu’il soit donc bien situé (pas au fond d’une petite impasse perdue !) et que sa façade ne passe pas inaperçue ; cela implique donc qu’il "rayonne" ce qui veut dire qu’il ait une énergie plus émissive, donc un peu plus rapide. C’est surtout important, évidemment, pour des commerces, des boutiques, des restaurants…

Dans le cas d’un espace de consultation, le défi est subtil car il faut arriver à marier deux énergies différentes : d’une part, une énergie rapide qui permet d’être vu et, d’autre part, une énergie calme qui permet d’accueillir, d’être à l’écoute ; cette seconde énergie permettra également au patient d’être en sécurité et en confiance, donc détendu et réceptif. La présence de cette double énergie aura une conséquence sur la conception des lieux. Au niveau de l’organisation générale, il faudra veiller à bien protéger -et éloigner- l’espace de consultation par rapport à la rue. Le mieux est qu’il donne à l’arrière du bâtiment, du côté du jardin (s’il y en a un). Cela peut nous conduire également à installer une "salle d’attente" ; outre le fait que cet espace permettra aux patients de "patienter", elle se révèlera extrêmement précieuse car elle assurera la jonction entre le dehors (énergie rapide pour être "vu") et l’intérieur (énergie calme pour la consultation proprement dite) ; elle jouera ainsi un rôle "d’espace tampon", de "sas" par rapport à la rue, tout comme le fait un hall d’entrée au niveau de la maison (7).
Au niveau de l’aménagement et de la décoration, il est important de bien différencier les deux espaces en présence : dans la salle d’attente, on peut imaginer une décoration ouverte, moderne, légère (aérienne), avec des couleurs chaudes afin que l’énergie circule bien et qu’elle soit fluide ; au niveau de l’espace de consultation, on peut concevoir l’aménagement pour créer une ambiance plus intime, plus feutrée, plus "cocon" : on peut utiliser des couleurs apaisantes (bleu ou vert) et recourir à des tissus, des coussins, des plantes, voire une fontaine… (8)

Comme vous aurez pu le comprendre, il n’est nul besoin, pour progresser dans la connaissance et l’expérimentation  du feng-shui à l’occidentale, de recourir à des recettes toutes faites ni même de faire référence à des pratiques ancestrales : l’important est de vous efforcer d’apprécier la qualité de l’énergie, son trajet, la façon dont elle circule… ; et puis, une fois que cela est "vu" et que les orientations de votre projet ont été précisées, il est important de rester fidèle à l’énergie et à ce qu’elle vous propose : l’énergie est vie et c’est elle qui va vous conduire vers des choix qui seront en accord avec vos besoins profonds, c’est elle qui va vous faire découvrir des solutions qui seront spécifiques à l’être unique que vous êtes !

Luc Antoine

Luc est architecte, conseiller et formateur en feng shui ;
il est l’auteur de "La Maison-Miroir ou le feng shui à l’occidentale"
(paru aux éditions de Mortagne en l'an 2000).
Son livre a été traduit en espagnol, en roumain et en polonais.


(1) On peut mettre cette intervention en relation avec le diagnostic effectué par un praticien de santé.
(2) L’ouverture, la verticalité et l’aspect "futur" montrent une énergie davantage rapide ; inversement, la fermeture, l’horizontalité et l’aspect "passé" indiquent une énergie plutôt lente.
(3) Cela peut se faire, de façon relativement simple, au niveau du choix et du positionnement des meubles et au niveau du choix des couleurs… Dans le cas qui nous occupe (transformation d’une maison existante), cela peut aussi se faire en modifiant l’implantation des cloisons séparatives et des portes, en redéfinissant le tracé des circulations et, pourquoi pas, en créant des extensions (voir plus loin).
(4) Nos vrais besoins ou "besoins profonds" sont, en général, recouverts par nos "désirs superficiels" qui sont, eux-mêmes, nourris par nos conditionnements, nos envies passagères, notre soumission aux phénomènes de mode, nos habitudes, nos peurs… ; pour écarter nos conditionnements et redécouvrir nos "besoins profonds", il nous faut effectuer un travail sur soi tout à fait précis : voir à ce sujet l’ouvrage de Pierre Lassalle "Le Nouveau Tarot de l’Individualisation" (paru aux éditions Terre de Lumière).
(5) C’est le cas des constructions contemporaines : elles sont, la plupart du temps, régies par des considérations uniquement pratiques, techniques et matérielles qui n’accordent aucune place à l’humain.
(6) Cette compréhension est rendue possible par le principe de la "symbolique des pièces de la maison" qui attribue une certaine valeur symbolique à chaque pièce et par le principe de la "maison-miroir" qui démontre comment chaque maison (ou appartement) est un miroir de ses habitants.    
(7) Au niveau de la maison, la chambre est la pièce la plus intime : c’est la raison pour laquelle il n’est pas bénéfique qu’elle donne sur le hall d’entrée et qu’il est préférable qu’elle soit le plus éloigné possible par rapport à la rue. C’est le même principe avec l’espace de consultation.   
(8) La salle d’attente est davantage reliée aux éléments air et feu ; l’espace de consultation est davantage relié aux éléments eau et terre.